L' Action juste selon la Bhagavad - Gîtâ Agir justement signifie rechercher la cohérence avec ses valeurs profondes !
LE DHARMA ET L'ACTION JUSTE DANS LA BHAGAVAD-GÎTÂ
La philosophie indienne, riche de traditions et de courants de pensée variés, accorde une place centrale à la notion de Dharma.
Le Dharma est un concept difficile à traduire en un seul terme, le Dharma renvoie à la fois à la loi cosmique, à l’éthique individuelle, au devoir social et moral, et à la juste conduite.
L’action juste, appelé aussi le « karma yoga », s’y trouve étroitement liée, car elle consiste à agir selon son propre Dharma, le Svadharma, tout en cultivant le détachement.
Cet équilibre subtil éclaire l’éthique indienne et propose une vision du devoir qui dépasse le simple respect de la règle pour embrasser la quête de la liberté intérieure et de l’harmonie universelle.
Il nous faut donc comprendre le Dharma et l’éthique de l’action juste dans la philosophie indienne pour se les approprier et les expérimenter !
La Bhagavad Gita, texte fondamental de la philosophie hindoue, explore en profondeur la question de l’action juste, et le « Dharma », à travers le dialogue profond entre Arjuna, le prince guerrier tourmenté et Krishna, son cocher divin et guide sur le champ de bataille de Kurukshetra.
La Bhagavad Gita est composée de 700 versets insérés dans la fameuse épopée du Mahabharata. *
La Bhagavad-Gîta explore les dilemmes moraux, le sens du devoir et l’attitude à adopter face à l’action.
L’idée d’action juste, et de « Dharma », constitue le cœur de son enseignement
La scène de la Bhagavad Gîta se déroule sur le champ de bataille de Kurukshetra, à la veille d’une guerre fratricide.
Arjuna, le guerrier tourmenté est face à ses proches qu’il doit affronter, il est alors envahi par le doute et le désespoir.
Il refuse d’agir, percevant la bataille comme une cause de souffrance et d’injustice.
C’est alors que Krishna, le guide, manifestation du divin, lui enseigne la voie de l’action juste, dépassant la simple obéissance aux règles sociales ou morales.
1° Le dharma est un concept fondamental dans la philosophie indienne
Le mot sanskrit « Dharma » dérive de la racine « dhṛ », qui signifie « soutenir » ou « porter ». Le Dharma désigne ce qui soutient l’ordre du monde, tant sur le plan cosmique que social et individuel.
Il s’incarne dans les lois de l’univers, mais aussi dans les normes qui régissent le comportement humain.
La notion centrale pour comprendre l’action juste dans la Bagavad Gîta est celle du « Dharma universel » et de notre « Svadharma ».
- Dharma universel (Sanātana Dharma) :
Ce principe renvoie à l’ordre éternel qui sous-tend l’univers, l’ensemble des lois naturelles et morales qui gouvernent la réalité et s’appliquent à tous les êtres, au-delà des particularismes culturels ou religieux.
- Dharma particulier, personnel (Svadharma) :
Il s’agit du devoir propre à chaque individu, déterminé par sa nature, sa position sociale, sa situation personnelle et sa phase de vie.
Le Svadharma varie donc selon que l’on soit élève, parent, enseignante, ou membre d’une certaine caste ou profession.
Au cœur de la Bhagavad Gita réside donc l’idée que chaque personne a un Dharma, c’est-à-dire un devoir ou une fonction propre, lié à sa nature, sa position dans la société et les circonstances de sa vie. Cette idée du Dharma est présentée comme la voie de l’ordre, de l’harmonie et de la réalisation de soi.
Agir selon son Dharma, (Svadharma), c’est donc accomplir la tâche qui revient à chacun, sans se laisser guider par l’attachement aux fruits ou aux conséquences de l’acte.
Cette notion du Dharma traverse la plupart des systèmes philosophiques indiens, des Védas aux Upanishads, en passant par le bouddhisme, le jaïnisme et l’hindouisme classique.
L’action juste consiste donc à agir en accord avec ce devoir, ce Dharma même lorsque cela s’avère difficile ou douloureux.
Pour Arjuna, cela signifiait remplir son rôle de guerrier malgré ses doutes moraux, car s’y soustraire aurait été fuir ses responsabilités.
- L’importance du devoir : Le respect du Dharma personnel garantit l’ordre du monde et contribue à l’équilibre universel.
- La sincérité dans l’engagement : L’action doit être accomplie avec sérieux, sans paresse ni indifférence.
Il y a bien sur une évolution de notre Svadharma, quant au Dharma universel, il reste inchangé, immuable.
Dans la pensée hindoue, la notion d’Āśrama occupe une place centrale dans l’organisation du cycle de vie de chaque individu.
Ce concept, forgé au cœur des textes védiques et des Upaniṣad, structure la société sur la base d’une progression spirituelle, sociale et personnelle, où le Dharma, le devoir, la conduite juste et l’ordre moral évoluent au fil de l’existence.
Comprendre les Āśrama, c’est entrevoir la vision profondément évolutive sur ce que signifie être humain, mûrir, apprendre et s’accomplir.
Car au fur et à mesure que nous avançons en âge, nous acquérons plus d’expériences, de connaissance, voire de sagesse.
- Brahmacarya (le temps de l’étude et de la discipline)
- Gṛhastha (la vie de famille et d’activité dans le monde)
- Vānaprastha (le retrait progressif et la méditation)
- Sannyāsa (le renoncement et la quête de la libération spirituelle)
Cette notion d’Asrama illustre l’évolution du Dharma : élève, chef de famille, retraité et renonçant ont chacun des devoirs spécifiques, qui changent au fil du temps.
Le Svadharma est ainsi dynamique, invitant à la croissance, à la responsabilité et à l’adaptation.
2° L’action juste, c’est agir sans attachement
L’enseignement essentiel de la Bagavad Gîta est celui de l’action désintéressée.
Krishna conseille à Arjuna d’agir sans désir de récompense : « Tu as le droit d’agir, mais jamais aux fruits de l’action » (Gîta 2.47).
L’action juste n’est donc pas motivée par le gain personnel, la peur ou la recherche d’un résultat, mais par le sens du devoir et la sincérité de l’engagement.
Ce principe, est appelé « Niṣkāmakarma », qui invite à accomplir l’action pour elle-même, avec détachement, en offrant les fruits de ses actes au divin ou au bien commun.
Cette perspective culmine avec la notion de « karma yoga », ou la voie de l’action.
Le karma désigne l’acte mais aussi ses conséquences, selon la loi de causalité morale.
Dans la Bhagavad-Gîtâ, lors du dialogue entre Arjuna et Krishna, celui-ci enseigne la nécessité d’agir selon son Svadharma, mais sans être attaché aux fruits de l’action.
Krishna invite donc Arjuna, paralysé par l’angoisse morale face à la guerre, à accomplir son devoir de guerrier sans désir de récompense ni crainte des conséquences.
Ce détachement (Vairagya) n’est pas indifférence, mais lucidité : il s’agit de donner le meilleur de soi-même, puis d’accueillir le résultat avec équanimité.
- Action désintéressée : L’action juste n’est pas motivée par l’égoïsme ou le désir personnel, mais par la volonté de servir l’ordre du monde, sa communauté, et de progresser sur le chemin spirituel.
- Détachement (Vairagya) : Le détachement ne signifie pas fuir la vie ou se retrancher dans la passivité, mais agir intensément, tout en se libérant de l’avidité et de l’angoisse liées au résultat.
- Équanimité (Samatâ) : Cette attitude d’esprit, valorisée dans la tradition indienne, consiste à accueillir le succès comme l’échec avec la même sérénité, car l’essentiel réside dans la pureté de l’intention et de l’effort.
3° Les trois types d’action selon la Bhagavad Gîta
La Bhagavad Gîta classe les actions en trois catégories, selon les « Gunas » ou qualités de la nature :
- Action sattvique : guidée par la pureté, la connaissance, la compassion et le désintéressement. Elle est accomplie pour le bien des autres, sans attente de récompense, et en accord avec le dharma.
- Action rajasique : motivée par le désir, l’ambition, l’ego ou la passion. Elle vise un résultat personnel, est souvent source d’agitation ou d’insatisfaction.
- Action tamasique : issue de l’ignorance, de la paresse ou de la confusion. Souvent nuisible ou irresponsable, elle procède du refus d’assumer son devoir ou de l’oubli du discernement.
La Gîta encourage à cultiver l’action sattvique, en développant la clarté, le désintéressement et l’harmonie dans ses actes.
4° Une boite à outils pour nous aider à avancer
- La discipline intérieure, c’est le contrôle de soi et le discernement :
- Le contrôle de soi pour agir justement, la Bagavad Gîta insiste sur la nécessité de la discipline intérieure : le contrôle des désirs, des peurs, de l’ego et des impulsions.
La véritable action juste ne naît pas de l’impulsion ou de la pression sociale, mais d’un profond alignement entre pensée, parole et acte.
L’action juste nécessite de la lucidité, (Viveka) et de la sagesse (jnana), afin de discerner le bien du mal et d’agir en accord avec la conscience.
- Le discernement (Viveka)
Agir selon le Dharma requiert du discernement : il ne s’agit pas d’obéir aveuglément à une tradition ou à une autorité, mais de chercher, à chaque étape, ce qui est juste, adapté, bénéfique pour soi, autrui et l’ensemble du monde vivant.
Le Dharma n’est jamais rigide ; il varie selon le contexte, les besoins et les capacités de chacun.
- Jnana, (la connaissance, la sagesse)
Le Jnana Yoga est l’un des 4 Yoga qui sont exprimés de façon mythique dans la Bagavad Gita.
La connaissance, la sagesse sont issues d’une introspection personnelle, qui nous permet de sortir de l’illusion (Maya) et de soulever les voiles de l’ignorance (Avidya). Cette introspection est soutenue et possible par le contrôle de soi, des nos sens, par le détachement (Vairagya) et par le discernement (Viveka)
- L’éthique relationnelle et sociale
Le dharma ne concerne pas seulement l’individu, mais inscrit chaque personne dans un réseau de relations.
Les textes indiens insistent sur le respect des autres, la bienveillance, la justice, le courage, la générosité et la non-violence (Ahimsā).
La notion de « Dharma commun » (Samanya dharma) englobe les principes universels de droiture, tandis que les devoirs particuliers (Vishesha dharma) varient selon les situations.
Nous pouvons aussi, nous référer aux « 5 Yama », l’éthique vis-à-vis de la société et aux « 5 Nyama », l’éthique personnelle, que nous retrouvons dans les Yoga Sutra de Patanjali, l’Astanga Yoga ou les huit membres du yoga.
- L’éthique du devoir, entre l’engagement et la sagesse
Le Dharma n’est pas seulement une question de normes extérieures, il engage la personne dans un processus d’auto-examen et de discernement.
L’éthique indienne invite à une vigilance constante sur la justesse de ses actes, la sincérité de ses motivations et l’alignement entre ses valeurs et ses choix quotidiens.
- Le détachement, la voie de la liberté intérieure
Dans la philosophie indienne, le détachement est envisagé comme un moyen de se libérer de la souffrance, de l’angoisse et de l’aliénation.
En cessant de s’identifier à ses désirs, à ses possessions ou à l’ego, la personne retrouve la paix et la lucidité.
Ce détachement n’est pas rejet du monde, mais c’est un accueil de la réalité telle qu’elle est, avec une confiance profonde dans la sagesse du dharma.
- Méditation et discipline intérieure : La pratique de la méditation, du yoga et de la contemplation vise à purifier l’esprit, à cultiver la maîtrise de soi et à développer la capacité d’agir avec discernement et générosité.
- Libération (moksha) : L’ultime but de la voie du dharma et du détachement est la libération de l’âme des cycles de renaissance et de souffrance, en réalisant sa véritable nature, au-delà de l’ego et des attachements mondains.
5° L’action juste est un acte spirituel
Selon la Bhagavad Gîta, l’action juste n’est pas seulement un devoir moral ou social, mais un acte spirituel.
Agir sans attachement, avec discernement et compassion, permet de se libérer du cycle du karma (actions et conséquences) et de progresser vers la libération (Moksha).
L’action devient alors forme de yoga : le « karma yoga », discipline de l’action, qui unit l’individu au tout, à la divinité et à l’ordre universel.
6° Agir pour l’harmonie universelle
L’action juste, pour la Bhagavad-Gîta, vise à maintenir l’harmonie (rita) dans le monde, à travers la coopération, l’altruisme et la justice.
Krishna exhorte Arjuna à agir non pour soi, mais pour le bien de l’ensemble, en se mettant au service du devoir et de la vérité.
Ainsi, même la guerre, dans le contexte de la Bhagavad Gîta, peut être juste si elle vise à rétablir l’ordre et la justice, à condition d’être menée sans haine ni attachement.
7° Le renoncement à l’inaction
La Bhagavad Gîta s’oppose à l’inaction par peur du mal ou du conflit.
Krishna insiste : ne pas agir, quand l’action est requise par le dharma, est aussi une forme d’injustice.
L’action juste implique le courage de faire ce qui doit être fait, même dans la difficulté, sans se laisser paralyser par le doute ou le désir d’éviter la souffrance.
8° L’action juste dans ma vie quotidienne
L’enseignement de la Bhagavad Gîta peut s’appliquer à tous les aspects de la vie, que ce soit le travail, la famille, les engagements sociaux et/ ou politique, la spiritualité…
Agir justement signifie rechercher la cohérence avec ses valeurs profondes, agir avec droiture, honnêteté et bienveillance, tout en gardant l’humilité de ne pas s’identifier à ses réussites ou à ses échecs.
- Choisir d’aider autrui sans attendre de reconnaissance.
- Prendre une décision difficile par devoir, même quand elle n’apporte pas d’avantages personnels.
- Refuser la corruption ou le mensonge, même sous pression sociale.
- Reconnaître ses erreurs et agir pour les réparer.
9° Ce que nous enseigne ce merveilleux texte sur l’action juste
L’action juste, selon la Bhagavad Gîta, repose sur l’alignement entre le devoir personnel (Svadharma), le détachement à l’égard des fruits de l’action, la discipline intérieure et la recherche du bien collectif.
C’est une voie exigeante, qui refuse autant l’égoïsme que l’inaction, et invite à transformer chaque acte en offrande, chaque décision en un acte de conscience.
Dans la perspective de la Bagavad Gîta, c’est dans l’engagement sincère, lucide et désintéressé que l’humain trouve sa vraie grandeur et sa liberté intérieure
Je vous souhaite de découvrir et de reconnaître votre Svadharma.
D’expérimenter l’action juste, puisse-t -elle être accrochée à votre quotient afin de trouver le chemin de la Joie,
Ananda !
F.M. Une Sadhaka en marche
*Mahabarata
Epopée majeure de la littérature indienne.
Un texte fondateur de la civilisation indienne, qui est à la fois une épopée, un traité philosophique, un manuel moral, un recueil de récits mythologique, qui a influencé de façon profonde, la pensée, la culture, l’art et la spiritualité indienne et bien au-delà.
Il reste à nos jours, l’une des œuvres les plus anciennes et les plus vastes de la littérature mondiale.

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