Quand la nature murmure Parkinson Une clarinette, un souffle, une nouvelle façon d’avancer pour Marcel
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Rejouer sa mélodie intérieure face à Parkinson
C’est le témoignage sensible d’un clarinettiste qui apprend à apprivoiser Parkinson grâce à l’ayurveda, à la yogathérapie et au souffle retrouvé.
Marcel, un musicien clarinettiste, atteint de Parkinson raconte comment l’ayurveda et la yogathérapie l’aident à vivre autrement avec la maladie.
Entre mouvements doux, rituels quotidiens et retour progressif à la musique, il découvre une nouvelle façon d’habiter son corps, son souffle et sa mélodie intérieure.
Mon souffle retrouvé et mes mouvements dans la douceur !
J’avais cinquante ans lorsque ma main droite a commencé à trembler, presque sans bruit, comme si mon corps voulait me parler avant que je ne sois prêt à l’écouter.
Au début, cela arrivait seulement quand je tenais ma tasse de café ou lorsque je boutonnais ma chemise.
Pendant plusieurs mois, j’ai mis cela sur le compte de la fatigue. Puis mes pas sont devenus plus courts, plus lents. J
J’ai fini par consulter un neurologue. Le diagnostic a été annoncé avec douceur, mais je l’ai reçu comme une pierre dans la poitrine : maladie de Parkinson.
Au début, j’ai eu l’impression que mon corps ne m’appartenait plus tout à fait.
Moi qui aimais jardiner, marcher jusqu’au marché et préparer la soupe et le repas du dimanche, je devais maintenant composer avec la raideur, la lenteur et cette fatigue étrange que les autres ne voyaient pas toujours.
Mon traitement médical m’a aidé à mieux contrôler certains symptômes, mais au fond de moi, j’avais besoin de retrouver une place active dans ma propre vie.
La musique avait toujours été mon refuge.
Pendant des années, j’avais joué de la clarinette dans de petits concerts, accompagnant des amis musiciens, répété le soir lorsque la maison devenait silencieuse.
Lorsque mes doigts ont commencé à perdre leur souplesse et que mon souffle est devenu moins sûr, j’ai craint de perdre bien plus qu’une habitude : j’ai eu peur de perdre une partie de moi-même !
C’est ma fille, Claire, qui m’a parlé d’une praticienne en ayurveda et d’une professeure de yogathérapie habituée à accompagner des personnes vivant avec des troubles neurologiques.
J’étais méfiant, je l’avoue. Je ne voulais pas remplacer mon suivi médical, ni croire à une solution miracle.
Dès la première rencontre, la praticienne m’a rassuré : l’ayurveda et le yoga ne remplaceraient ni mon neurologue ni mes médicaments.
Ils pourraient simplement m’aider à mieux écouter mon corps, à apaiser certaines tensions et à installer des habitudes plus régulières.
Nous avons commencé par des mouvements simples.
Le matin, avant même de me lever, je posais une main sur mon ventre et je respirais lentement. J’ai appris à masser mes pieds le soir avec une huile tiède, à manger à heures plus régulières, à choisir des repas chauds, digestes et réconfortants en fonction de mes besoins et de l’équilibre à retrouver.
Ces rituels inspirés de l’ayurveda semblaient modestes, presque trop simples, mais ils m’ont donné un cadre. Dans une maladie qui avançait sans demander mon avis, ce cadre est devenu précieux.
La yogathérapie est ensuite entrée dans ma semaine, deux fois par semaine, avec une chaise, un tapis et beaucoup de patience.
J’ai appris à lever les bras au rythme du souffle, à tourner doucement la tête, à étirer mes épaules, à sentir mes pieds bien ancrés dans le sol, dans la terre !
Les postures étaient adaptées : certaines se faisaient assises sur une chaise, d’autres debout avec appui au mur.
Il ne s’agissait pas de performance, mais de présence.
Les premières séances ont parfois été frustrantes. Mon bras droit ne suivait pas toujours. Mon équilibre vacillait.
Un jour, je me suis emporté : « À quoi bon respirer si ma main tremble encore ? »
La professeure n’a pas répondu tout de suite. Elle m’a simplement invité à sentir le sol sous mes pieds, la terre, puis à inspirer sur quatre temps et à expirer progressivement plus longuement.
Ce jour-là, j’ai compris que le yoga ne me promettait pas de faire disparaître la maladie, mais de la reconnaître dans la douceur, afin créer un espace entre elle et moi.
Au fil des mois, mes proches ont remarqué de petits changements. Je me levais avec moins d’appréhension.
Je marchais plus consciemment, en posant le talon puis la plante du pied. Quand je sentais la rigidité monter, j’utilisais quelques mouvements appris en séance.
Les tremblements étaient toujours là, certains jours plus marqués que d’autres, mais ils ne définissaient plus entièrement mes journées.
Un après-midi, j’ai osé reprendre ma clarinette.
Mes doigts étaient moins rapides, parfois hésitants sur les clés, et mon souffle demandait plus d’attention.
Mais j’ai découvert autre chose : je pouvais jouer plus lentement, écouter davantage les silences, laisser chaque phrase musicale respirer. La yogathérapie m’apprenait à ne plus forcer le geste ; la clarinette m’apprenait à habiter autrement mon souffle.
Ce qui a surtout changé, c’est mon regard.
J’ai cessé de parler de mon corps comme d’un adversaire, de m’identifier à la maladie.
Je dis maintenant : « Aujourd’hui, mon corps demande de la lenteur » ou « Aujourd’hui, mon corps me permet et souhaite faire une promenade courte ».
Cette façon de nommer les choses m’a rendu une forme de dignité. Claire m’a même vu retourner au jardin, non plus pour bêcher toute une matinée, mais pour arroser les tomates, respirer l’odeur de la terre et rester debout quelques minutes au soleil, afin de me connecter à la nature.
Un soir d’automne, j’ai participé à une séance de groupe.
Autour de moi, d’autres personnes vivaient aussi avec Parkinson.
Certaines tremblaient, d’autres parlaient doucement, d’autres encore bougeaient avec raideur.
Pendant la relaxation finale, allongé avec une couverture sur les jambes, j’ai senti une paix discrète.
Je ne me sentais plus seul. J’ai compris que l’accompagnement ne se trouvait pas seulement dans les techniques, mais aussi dans le lien, la régularité et la confiance retrouvée.
La maladie fait toujours partie de ma vie. Je continue mes rendez-vous médicaux, je respecte mon traitement et je parle à mon neurologue de tout ce que j’ajoute à mon quotidien.
Mais aujourd’hui, je ne mesure plus mes journées seulement à ce que j’ai perdu.
Je les mesure aussi à ce que je peux encore offrir : une note tenue plus longtemps, un souffle plus calme, un regard posé sur les miens.
L’ayurveda m’a donné des rituels pour me poser, manger plus consciemment et prendre le temps.
La yogathérapie m’a rendu le goût du mouvement. Et la musique, elle, m’a rappelé que même lorsque le corps tremble, une mélodie peut encore naître de l’intérieur.
Je ne joue plus comme avant.
Mes mains ont changé, mon rythme a changé, mon souffle aussi.
Mais lorsque je porte la clarinette à mes lèvres et que la première note s’élève, je sens que je suis encore là. Je ne suis pas seulement un patient, ni seulement un homme atteint de Parkinson.
Je suis encore un musicien, avec une histoire, une sensibilité, une voix.
Je ne suis pas guéri ; je suis accompagné !
Parfois, dans une vie bouleversée par la maladie, être accompagné, c’est retrouver assez de confiance pour rejouer sa propre mélodie, même autrement.


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